Miscellannées

Poésie et Progrès



Dans sa préface aux écrits posthumes de Tarkos, Christian Prigent dit à propos de l'écriture poétique : « … car si sensation il y a d'un phénomène neuf, c'est précisément parce qu'il rend obsolète les codes de lectures plus anciens. » Nous avons là en quelques mots le résumé d'une conception erronée qui gangrène et paralyse une bonne partie de la critique poétique actuelle, qu’elle soit institutionnelle ou indépendante.

En quoi consiste l'erreur de cette conception ? Simplement en ceci qu'elle considère la poésie comme si elle était une science. En science, un paradigme chasse l'autre. Chaque nouvelle découverte rend caduque la précédente dans l'acheminement infini vers la vérité objective. Certains esprits baignés de scientisme et d’historicisme aimeraient qu'il en soit de même pour ce qui concerne la poésie. Or ce n'est pas le cas. Mallarmé ne rend pas obsolète Villon, Tarkos ne rend pas obsolète Char.

Il n'y a littéralement pas de progrès diachronique en poésie. Seulement une synchronicité totale, chaque auteur étant à lui-même son propre paradigme de vérité et de fausseté, de valeurs et de non-valeurs. Ecrire de la poésie en toute connaissance de cause, c'est renoncer à l'idée de perfectibilité d'une chose transcendante appelée Poésie. Renoncer, mais écrire quand même.