Miscellannées

Critique de Saturne par Florian T.


Un dessein fichu

Il y a plusieurs manières de recouvrer un état d’origine, en soi-même ou au dehors, dans la capitale et dans les repères marchands. Denis Hamel ne dénigre pas le monde capitalisé, seulement il a cette pensée infuse qu’il ne peut rien pour l’homme, ni l’augmenter, ni lui apporter de vrais paradis, d’où un certain penchant pour des fleurs factices et autres formes d’art improvisées. Cette vision lucide et désenchantée, émerge tout au long de certains poèmes, gagnée par une psyché altérée, rougeoyante et grise. Le poète se fait fantôme de la ville, chantre inconnu des voies des valeurs vraies, étant pour tout dire le dernier à y croire et le dernier à mener une vie d’ascète (il faudrait d’abord le désenfumer et le coacher longuement pour qu’il puisse penser équilibré). Car le poète ne pense pas équilibré, il arpente la ville devant des figurants publicitaires, filles et garçons sur des affiches et dans les rues (ce qui renvoie à une série de poèmes intitulée La sexualité des adolescents).

La claustration et l’échappement

Poète de la ville, proche de la figure de Pessoa, mais pas exactement immergé dans les mélancolies baudelairiennes, le marcheur cherche des percées de ciel ou d’herbes « vertes » (il est utile de préciser cette couleur, elle n’est pas anodine), qui puissent mettre à mal sa marche quotidienne et diurne. La verdure et les cieux, tout un programme. Le poète s’y retrouve avec des yeux tristes et interrogateurs. Comment faire ? Comment habiter ces herbes et ces cieux ? Facile pourtant pour certains de posséder un précieux jardin. Mais c’est qu’il y faudrait toute l’innocence du monde, et celle-ci, ayant d’abord tendance à ennuyer le poète urbain, aura bien du mal à répondre à des critères plus exigeants encore que son manque ne se fait sentir.

Une situation politique et psychique

Le produit manufacturé, voilà le décor et l’œuvre des travailleurs. Le poète le tient dans sa main, il le chérit quand il le faut et le hait à d’autres moments. Face à une psyché qui se représente par des cendres et des lueurs, dans toute son agonie crépusculaire qu’il est charmant de maintenir à vif (point d’ancrage où tant de nos chers poètes ont écrit de si belles dithyrambes à la vie), le produit manufacturé a pour lui toute la raison glaciale, tout le réconfort mais aussi toute la frustration en vertu de la pureté poétique. Car ce que le poète recherche, du haut (ou du bas) de sa psyché altérée c’est sans doute un univers, une cité fleurie décapitalisée.