Miscellannées

Notes sur le concept de matérialisme langagier

Paris, le 28/10/07


1 Prolégomènes :

1.1 J'emploie les mots signifiant et signifié dans un sens large :

1.2 signifiant = le signe + le son, à l'intérieur d'une certaine communauté linguistique.

1.3 signifié = le substrat conceptuel de base à peu prêt commun à tous dans une communauté + la résonance et les connotations propres à chacun suivant sa culture, son imagination, sa sensibilité.

1.4 Le signifié est au signifiant ce que la valeur d’usage est à la valeur d’échange.


2 Développement :

2.1 Le matérialisme métaphysique affirme le primat de la matière sur l'esprit.

2.2 Le matérialisme dialectique, ou matérialisme historique affirme que les constructions intellectuelles et culturelles sont la résultante, ou superstructure, des formes de productions industrielles (techno structure, ressources naturelles)

2.3 Le matérialisme langagier affirme le primat du signifiant sur le signifié.

2.4 Les raisons de cette affirmation tiennent essentiellement à une solidité, une matérialité objectale, public et valable pour tous du signifiant, par opposition au caractère non délimité, flou, privé, individuel et subjectif du signifié.

2.5 L'idée que le signifiant ne puisse être qu'un outil chargé de désigner une vérité qui ne soit pas exactement la même pour tous est précisément ce que combat le matérialisme langagier, dans lequel un mot doit renvoyer à la même chose pour tous.

2.6 D'où une volonté de "limiter" le plus possible l'extension du signifié et de favoriser la normalisation du dispositif langagier (signifiant + signifié).


3 Conséquences :

3.1 la conséquence du matérialisme langagier est l'appauvrissement extrême du sens des énoncés au profit du signifiant (son+signe). Ce dispositif a pour but de frapper l'esprit comme à l'aide de slogans festifs et ludiques et de couper la réflexion qui proviendrait d'une intellection plus profonde du sens.

3.2 on voit donc que le but du matérialisme langagier, bien que provenant d'une idéologie post-marxisante est identique à celui de la nov-langue du capitalisme ultra libéral. Dans les deux cas l'objectif est d'aliéner le lecteur-auditeur à la volonté de la puissance émettrice du message.

3.3 cette conjonction de buts des forces post-marxistes dégénérées et du capitalisme ultra libéral est ce que Guy Debord appelait dans son livre « commentaire su la société du spectacle » : le spectaculaire intégré.