Miscellannées

Des choses merveilleuses de la nuit



La nuit remue
H. M.

Marie-Anne Bruch écrit souvent la nuit, telle Pénélope défaisant sa tapisserie, et apprend à déjouer les pièges du désir, tout en n'y renonçant pas.

« Nous sentons bien que, la nuit, des choses merveilleuses pourraient arriver (…) » Ces poèmes témoignent pour l’essentiel d’une véritable ouverture au monde, d’une disponibilité, d’un laisser-être que l’on pourrait rapprocher de la pensée taoïste. « L’espoir renaissait / du chaos des rêves » ou, comme le dit Lao-tseu : « L’être procède du non-être. »

Dans la nuit omniprésente, la poétesse collecte ses sensations comme des notes de chevet et construit une phénoménologie de l’attente et de l’absence. « Les sièges vides / face à moi / me tenaient compagnie ». La deuxième partie du recueil laisse entrevoir une mélancolie discrète : « J’étais amoureuse d’un souvenir »

Les mots de Marie-Anne Bruch dessinent avec parcimonie un univers domestique et végétal, évoquant plus les volutes d’une flûte traditionnelle ou l’art du haïku et de l’estampe japonaise que le blues rauque d’une Memphis Minnie. Et encore … on sent parfois dans ces poèmes la soif et la braise d’un amour ancien rougeoyer sous les cendres du regret : « La solitude ne semblait / guère préparer / à la sagesse »

Nulle amertume, nulle aigreur ne viennent ternir ce voyage immobile : « Peut-être n’y avait-il / pas d’utilité / à la souffrance » A l’heure où le grand public demande avant tout du pain et des jeux, cette poésie intimiste déploie avec obstination un art de vivre et de sentir qui oppose la douceur à la violence. Lao-tseu encore : « La quiétude est maîtresse de l’agitation. »